Elle avait décidé cette année là de ne plus taire ses rêves et ses désirs. C’était un long travail de déconstruction. Elle était à la fois libre et irrémédiablement marquée par sa culture judéo-chrétienne. C’était un combat de tous les jours de tenir le fil de ses ambitions. Elle doutait d’elle parfois, mais jamais de son insatiable curiosité à laquelle elle avait envie, aujourd’hui, de lâcher la bride.

Ce jour là, lorsque Alain sortit de la maison, elle était entièrement imprégnée de son bonheur suédois, baignée par la langue et le soleil. Elle voulait voir le lac. Elle attendait cet homme. Elle se réjouissait de passer une journée seule, mais s’il lui plaisait, elle savait qu’elle aimerait qu’il l’accompagne.

Et il lui plait. Il tient à la main un livre d’un de ses auteurs préférés et son sourire fait briller une flamme dans son œil droit. Elle est saisie par sa voix aussi et la pente naturelle avec laquelle ils entrent en conversation. Elle gardera précieusement le ticket de la traversée qu’il lui a offert, un jour béni sur le lac. La flamme dans son œil danse au fil des heures de cette chaude journée. Elle voudra s’en approcher. Il pose la main sur son bras. La baignade qui ne rafraichit pas. Les courses à l’épicerie comme un couple ancien, la cuisine partagée. Un des endroits qu’elle préfère au monde.

La nuit, nus et chauds, leurs corps sont endoloris par les pommes de pin tombées au sol. Jusque tard, leurs voix se mêlent au clapotis de l’eau qui vient heurter le ponton. La montée des marches au matin. La porte qui s’ouvre sur la chambre d’enfant. Elle regarde son corps brun dans les draps blancs, image d’une beauté à couper le souffle. Elle entre dans le tableau alors qu’il lui tend les bras et l’accueille dans le lit étroit. Elle est tendre mais le mord. Il est dur et l’embrasse. Dans cette chambre au décor marin, le lit est une frêle embarcation sur laquelle ils tanguent accrochés l’un à l’autre, ballotés au gré de leurs mouvements. Elle est touchée par la façon qu’il a de la servir à table. C’est pour elle un geste d’une intimité profonde. Elle voudrait l’écouter toujours. Ils sont là, côte à côte et c’est une bonne et belle chose. Il lui demande de rester. Elle est attendue ailleurs. Le fil lui échappe. Les phrases échangées sur le quai ouvrent sur le large. Lorsque les portes du wagon se referment, elle sert entre ses doigts le ticket de la traversée.

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