Enfant, j’aimais m’extraire de la longue plage des Landes où nous passions nos étés pour me retirer sur la dune. Je m’éloignais des quelques familles installées sous leurs parasols et traversais une zone déserte. Le sable aggloméré en fines plaques, sous les effets cumulés de l’humidité nocturne et de la chaleur de l’après-midi, craquait sous mes pieds nus. J’entamais alors mon ascension. J’étais déjà dans un autre monde. Un cri étouffé me parvenait parfois encore, porté par la basse du ressac mêlée à celle du vent dans les ajoncs. L’odeur des plantes des dunes me sautait au visage. L’immortelle surtout primait avec son parfum entêtant, un parfum de chaleur et d’éternité. Et là, de mon poste d’observation, je laissais couler un sable plus fin que celui de la plage entre mes doigts, je goûtais le picotement de mes cheveux agités par le vent et j’observais les variations de l’océan à travers les longues tiges des ajoncs. Je goûtais ma présence au monde.

Adulte, mon corps s’est aggloméré, tout en moi était serré, tendu, noué. La gorge, les dents, le dos, la tête me faisaient mal. Toutes ces années, j’en ai voulu à mon corps de m’entraver, de me fatiguer, de me réveiller la nuit. Et puis un jour, une instructrice de méditation en pleine conscience m’a demandé pourquoi je méditais. Elle m’a posé la question une fois, deux fois, trois fois. La troisième fois est montée en moi cette phrase qui a tout changé : « Parce que je ne veux plus être en guerre contre mon propre corps ». Les larmes ont coulées et j’ai commencé à me réconcilier avec moi-même, tout doucement, pas à pas. J’ai accueilli mes douleurs, j’ai respiré dans mes maux, j’ai constaté combien mon corps accomplissait chaque jour son travail et je lui en ai été reconnaissante. J’ai écouté ses messages et j’ai suivi les chemins qu’il m’indiquait. Je ne me suis plus senti coupé en deux. L’énergie qui me manquait tant s’est remise à circuler, les rêves m’ont assailli porteur de messages, les nuits ont été pleines et réparatrices, mon dos s’est dénoué. Cette énergie nouvelle m’a permis de contacter mes peurs et mes désirs et de découvrir un monde dont je vous parlerai ici.

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